Les fleurs sont les narcissiques du jardin, criant du haut de leurs tiges dégingandées, ou s'enroulant en spirale pour attirer notre attention : « Regardez-moi, que je suis belle ! » Et elles le sont ! Nous admirons aisément leur beauté narcissique. Mais pourquoi ne pas en faire l'expérience en bouche, sentir la douceur étrange et plissée d'une fleur sur la langue ? Les oiseaux le font, les abeilles le font, alors pourquoi pas nous ?
Chez Stonegate, nous avons incorporé des fleurs comestibles à nos salades tout au long de la saison, non seulement pour leur beauté (même si, ici, à la ferme, l'esthétique est une raison suffisante pour tout faire), mais aussi pour leur goût et leur texture. La saveur de la plupart des fleurs rappelle subtilement celle de la feuille : la délicate inflorescence de la roquette a un piquant poivré, tandis que les gerbes dorées de la fleur de moutarde sont d'une intensité brûlante. Les fleurs de concombre et de courge sont fraîches, douces et légèrement végétales, et celles des légumes asiatiques offrent une chaleur minérale profonde.
Lorsque les légumes-feuilles fleurissent et montent en graines, ils cessent généralement d'être récoltés et deviennent amers, tandis que les légumes-fruits passent de la fleur à la chair. Ainsi, la floraison symbolise soit un commencement, soit une fin au potager ; un mariage ou un enterrement. On apprécie les fleurs en cuisine depuis des millénaires : les Romains agrémentaient leurs pots de mauve, de roses et de violettes ; les hémérocalles et les chrysanthèmes ont été dégustés avec plaisir par les Chinois et les Grecs pendant des siècles. Et les câpres, les brocolis et les artichauts ne sont autres que des boutons floraux non éclos.
Il y a même des fleurs de la bordure herbacée à l'extérieur des murs du potager qui sont bonnes à manger, notamment la mélisse (Monarda didyma), le chrysanthème en guirlande (Chrysanthemum coronarium), la primevère (Primula veris), l'hémérocalle (Hemerocallis spp.), la marguerite anglaise (Bellis perennis), l'onagre (Oenothera biennis), le fuchsia (Fuchsia arborescens) le gardénia. (Gardenia jasminoides) et hibiscus (Hibiscus rosa-sinensis). Oubliez le vase et sortez le plateau !
Si, comme moi, vous êtes un sensible invétéré, plus votre expérience du monde naturel est riche et nuancée, mieux c'est. Pourquoi se contenter d'un ou deux sens quand on peut les solliciter tous ? L'abondance est toujours appréciable. Manger des fleurs a certes quelque chose d'un peu sulfureux et décadent. Mais cela relève davantage de la culture et de la métaphore que de la réalité.
Une fleur en bouche, c'est inhabituel ; sans le croquant habituel d'une feuille ou d'un légume, il faut un instant à la langue, curieuse et exploratrice, pour s'y habituer. Mais après avoir savouré un ou deux bouquets au cours d'une saison, comme nous le faisons, cette sensation exotique est un véritable cadeau.
Photographie par Photo de Matthew Benson
Laissez un commentaire